Sympafriz ? Mais pourquoi ?

Tout commence une matinée de juillet 1954, au bord du terrain de pétanque de Picherande, près de la Bourboule.

Juan-Luis Chong Campana, est pizzaiolo pour le compte de Michel Pippinini, dit “pantalon”, rapport à ses habitudes vestimentaires. Il officie depuis 5 ans déjà, lorsque, à l’occasion d’un épisode de bonne humeur, il lance un morceau de pâte vivoltant vers un des ses amis. Son caractère bonhomme lui fait affirmer: “tiens c’est sympa de lancer une pizza”. Bien que fort à propos, l’association du mot “sympa” avec l’acte de lancer un objet tournoyant ne prends pas. L’expression va ainsi tomber en desuétude pendant de longues années, cédant la place au très anglais “ultimate”, qui ne semble guère avoir de lien avec les objets imbus d’un grand moment cinétique.

Gaël : Bonjour Guillaume et merci d’accepter de nous donner cette interview. On sait que tu parles rarement en public. Avant de plonger dans la génèse du “Sympafriz”, acceptes-tu de te présenter rapidement aux yeux des profanes ?

Guillaume : Pas de problème mon cher Gaël. Ma carrière d’ultimate commence un peu par défaut. J’étais plutôt rugby, mais bon faute de carrure, et comme je n’aimais pas trop la baston, je me décide à essayer l’ultimate que j’ai vu pratiqué dans les parcs de Gerland, par des drôles d’individus en collant et en short en forme de tutu.

Je me dis: “de la danse avec un disque, pourquoi pas.” Je rejoins donc le club des Moustix, à peu près au moment du Grand drama de 2010 (celui entre la grande crise de 2008, et le schisme tragique de 2012).

Comme je pars travailler en Autriche, je quitte les Moustix, pour aller dans une équipe qui n’a rien à voir: les Mosquitos. Super. Top différence. J’y arrive au moment où le club est en plein tourment, suite à une sombre histoire d’Apfelstrudel mal distribué. Là-bas, il me faut tout réapprendre, (en Autriche la force à gauche est à droite et la force à droite est à gauche, et la force middle est middle, curieusement j’ai envie de dire), mais quand même il reste un invariant, c’est quand même vachement sympa. Enfin je débarque à Strasbourg, à peu près au moment de la Grande Catastrophe de l’élection du Comité Sportif de 2015.

G : Finalement un parcours classique de joueur d’Ultimate.

G : Eh bien je t’arrète tout de suite. Un joueur de Sympafriz.

G : Euh attends, je crois que les gens ne vont rien comprendre, nos prénoms commencent par la même lettre. Une idée ?

G: On a qu’à utiliser mon surnom d’ultimate. Tout le monde chez les Moustix et chez les Mosquitos m’appelait Guizzmo… Attends. Je vois poindre un problème. Bon ben on peut utiliser mon nouveau surnom : Tchou-Tchou (chez les sesquis, un surnom doit respecter une charte très précise : il faut nécessairement qu’il soit constitué de deux syllabes simples, afin qu’il puisse être prononcé et retenu par les joueurs du haut-rhin)

G : Très bien ! Adopté. Je t’ai entendu prononcer un terme étrange tout à l’heure : “Sympafriz” c’est ça ? Encore une invention de ces sales hippies farfelus ?

Tchou-tchou : Oui oui, les saltimbanques comme j’aime à les nommer. Mais, revenons, si tu le veux bien aux origines de ce mot : “ultimate”. Lorsque le sport nait, c’est à dire au milieu des années 70, le monde est à la fête, le futur paraît plein de promesses. On hésite pas à associer des mots grandiloquents à des tâches méniales, rappelez-vous des boites “Chimie 2000”. C’est dans ce contexte qu’apparaît l’idée de nommer le lancé de morceaux de plastique à plusieurs : « l’ultimate Frisbee ». Personne ne sait vraiment pourquoi, c’est comme “stalling” avant de commencer le compte à la marque, c’est con de parler de mécanique et de moteur alors qu’on fait un sport sans voiture et écofriendly. J’ai jamais compris.

Comme le mot “frisbee” fait décidément trop penser aux chiens, les américains, toujours à la pointe quand il s’agit de nier la réalité, décident de virer le mot, et ne garder que l’incompréhensible “ultimate”.

En outre, la démocratisation de l’”ultimate” coïncide malheureusement avec l’émergence des sports de combats extrêmes. Qui n’a jamais été surpris par un regard d’admiration lancé par un interlocuteur découvrant que l’on pratiquait l’ultimate, suivi par une déconfiture en découvrant qu’en fait on joue à un jeu de plage ?

Gaël : Ouais je me souviens à l’hopital, ils ne m’avaient pas cru.

Tchou-tchou : Il fallait donc changer cet état de fait.

Voilà l’état d’esprit dans lequel je suis, l’après-midi du printemps 2015, alors que je suis coincé à l’arrière d’un minibus à destination de la Côte Brave, 12h de route, c’est pas si long qu’ils disaient. Pour oublier que Gaël vient de se faire flasher à l’entrée du tunnel de Fourvière (NDLR : je suis sûr que je roulais en dessous de 70), je décide de m’atteler à la tâche ingrâte du renommage de mon sport préféré.

Les idées fusent : “FrisbeeBall” paraît un bon candidat, mais déjà les Cassandres me disent que le frisbee n’est pas une balle…

“Flatball” alors ? Non, décidément beaucoup trop flacide. Je décide alors d’opter pour un retour aux origines. C’est quoi l’ultimate ? C’est un truc cool qu’on fait entre potes en faisant des courbettes pour savoir qui sera le plus sympa sur le terrain, le tout avec un frisbee…

Sympa, Frisbee, les deux mamelles de ce sport fantastique, voilà qui ne mérite pas plus de réflexion.

Ce sera Sympafriz.

G : Est-ce que l’expression prend tout de suite ?

Tchou-Tchou : Ben pas vraiment. J’ai d’abord tenté l’approche subtile. “Hey les gens, et si on renommait notre sport le Sympafriz ? ”. Personne n’a répondu, parce qu’en général, je ne suis pas écouté. Alors je tente le forcing. Dès que quelqu’un mentionne l’arrivée d’un match, je m’empresse de rajouter : “Etes-vous prêts pour une petite partie de Sympafriz ? » Et là ça a marché. Je ne sais pas pourquoi… Je pense que cela a beaucoup à voir avec la bouteille de whisky (NDLR : rhum, cognac, vodka. C’est pour le CSA) à 7 euros qui était en fait du Rhum à 14 euros.

G : Fascinant. Cependant, je m’interroge. Le Sympafriz, c’est l’ultimate ? L’ultimate, c’est le Sympafriz ? Ou alors, ce sont deux choses différentes ? Qu’est-ce qui les sépare, qu’est-ce qui les unis ?

Tchou-Tchou: Ah mais c’est très simple. Tout comme le rugby est un sport de brute pratiqué par des gentlemen, l’ultimate c’est un sport de saltimbanque pratiqué par des ingénieurs en pantalon. Le Sympafriz, au contraire, casse tous ces stéréotypes, le Sympafriz transcende la notion de bien et de mal. Le mot nous ramène aux fondamentaux. Imaginez: demi-finales des championnats du monde 2017 (NDLR : A Royan, France), les Observeurs, arrivent solennellement sur le terrain, regardent la foule (des douzaines de spectateurs, des douzaines !) et déclarent dans leur micro-cravatte attaché à leur gopro (NDLR : Nikon, Canon, Contour. Pour le CSA) :  “les amis, voulez-vous participer à une petite partie de Sympafriz ?” Foule en délire. Cris de stupeurs. Ciel qui se dévoile pour laisser poindre une gloire. Bref, un moment épique qui n’a d’égal que le “Molon Labe” lancé par Leonidas à l’adresse de Xerxès à l’entrée du défilé des thermopyles. Voilà le futur de notre sport.

G : Stupéfiant. Te considères-tu en quelque sorte comme un visionnaire, un prophète ? Je te pose la question.

Tchou-tchou : Non je suis humble. Je suis simplement quelqu’un qui révolutionne la langue française. J’ai d’autres projets d’ailleurs : un jour il faudra que je vous parle des mathématocs et de T-shirt climatisé, mais c’est une autre discussion.

G : Le terme Sympafriz tend à faire le buzz sur les réseaux sociaux. Il est sur la langue de beaucoup de pratiquants. Quelle(s) réaction(s) cela déclenche-t-il en toi ? De la honte ? De la fierté ? De la pitié ? De la colère ? De la mélancolie ?

T-t : J’ai tout suite vu la puissance que pouvait apporter le cloud et le bigdata à mon idée de renommage. Voilà pourquoi je n’ai pas hésité à beaucoup twitter sur les blogs. Mais comme ma wifi est tombée en panne, je n’ai pas eu accès à l’internet électronique pendant plusieurs mois. C’est donc avec stupeur que j’ai découvert que le mot avait été repris à bon compte ailleurs que dans le cercle restreint des joueurs strasbourgeois.

G : Et pour conclure, on vient d’apprendre que la France allait organiser les WCBU (NDLR : championnat du monde sur plage) en 2017 à Royan. Tu as prévu quelques actions afin de renommer la compétition, ou du moins faire apparaître le mot Sympafriz quelque part ?

Tchou-t : Ben déjà, pour la promotion du Sympafriz comme autre chose qu’un sport de plage, c’est raté. Il faudrait organiser une compétition sur bitume pour voir si le sport devient populaire. Mais sinon, non, je n’ai pas prévu d’action directe. Il faudrait déjà réussir à convaincre nos homologues anglo-saxon pour qui il sera difficile de prononcer “Sympafweez” correctement. Vaste programme. Il faut donc travailler sur une version adaptée à l’international. Frisbeeball aurait été beaucoup plus simple. Mais que voulez-vous, on n’impose pas les usages à une langue, n’en déplaise à l’académie française. Ca me fait penser qu’il faut que j’aille faire revenir mes ognons.

G : Guillaume merci. Une fondation épique, des valeurs qui concordent avec celles de la république, des perspectives qui font trembler les fondements du monde tel qu’on le connaît. C’est peut-être ça le Sympafriz. A bientôt je l’espère, peut-être en direct cette fois, pour appréhender le futur de notre “sport” !

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