Force Sinistre

Je ne suis pas du genre à complimenter les italiens sans raison, donc je peux vous assurer que ce qui suit vient du cœur.

Si vous avez déjà joué contre des italien(ne)s, vous aurez sans doute entendu les mots « destra » et « sinistra ». Etrange, vous direz-vous, d’aborder le sujet des Destriers Sinistres, ce grand groupe de thrash-métal de la fin des années 90.

Après de longues et haletantes recherches, je me suis rendu compte qu’ils prononçaient dans leur langue les mots « droite » et « gauche ». Ce qui ne m’éclairait pas davantage, sauf sur la xénophobie anti-gauchère qui sévit dans nos contrées européennes.

C’est bien plus tard seulement que je me suis rendu compte qu’ils utilisaient gauche et droite pour décrire leur force. Quelques mots de révolte m’ont bien été chuchotés par le petit diablotin sur mon épaule sinistre : quelle idée ! C’est quand même bien plus simple de baser son système défensif sur l’emplacement géographique de nos affaires, relatif au terrain, non ? Et c’est vachement discriminatoire envers les dyslexiques, leur truc ! Ces italiens ne savent donc pas respecter nos traditions de joueurs d’ultimate! Notre sport mourra de leur main !

Mais j’ai dû me rendre à l’évidence : notre système de dénomination de force home/away/back/side/vestiaire/parking/buvette/table de marque, c’est totalement con. Bon ok, pas totalement. Mais pour les nouveaux arrivants dans notre belle communauté, je pense que c’est hyper dérangeant.

Je trouve déjà que notre manière d’apprendre la force à nos débutants laisse à désirer. On a tendance à leur dire « sur le porteur, mets-toi dans ce sens, et sur les joueurs de champ, fais l’inverse ». Pas de pourquoi, pas de comment. Voulant bien faire, ils répliquent des consignes bêtement, sans les avoir comprises. Pour faire court, on les prend un peu pour des benêts, alors que souvent, ce sont des adultes avec un fonctionnement cognitif suffisant pour appréhender notre concept de force.

Je suis convaincu qu’il suffirait en fait de leur expliquer un peu : « en fait, on a un drôle de système de coordination défensive : on se met tous d’accord pour que le défenseur sur le porteur FORCE ce dernier à jouer d’un seul côté du terrain, qu’on aura choisi juste avant le point. Cela permet de réduire la surface à couvrir pour les coéquipiers défenseurs, augmentant nos chances d’interception »

Bon ok : dit rapidement entre deux points, ça risque de ne pas rentrer, je vous l’accorde. Mais si vous avez pris 1 minute 30 de votre temps, ça devrait leur paraître logique. Si vous avez un tableau blanc et des marqueurs avec vous, ça rentrera encore plus vite. Peut-être que les joueurs de champ mettront quelques points à saisir les implications d’une force (la possibilité de prendre quelques pas d’avance du côté ouvert), mais je pense qu’ils apprendront plus vite si on les laisse faire le cheminement logique dans leur tête, plutôt que de leur imposer brutalement un concept qui leur est totalement étranger.

Expliquer le cheminement logique, c’est la première étape pour transmettre les bases défensives.

La deuxième, c’est de ne pas compliquer inutilement le reste du processus d’apprentissage.

« On va forcer ‘back’ ! Ça veut dire qu’on oblige le joueur à jouer du côté du terrain qui correspond au côté de son revers ! Ah ben non, s’il est gaucher, on ne change pas ! Il faut faire semblant que tout le monde est droitier, sinon on risque de tout mélanger ! Donc pour faire simple, quand tu défends sur le porteur, tu te mets face à la table de marque, et si tu es sur un autre joueur, tu te mets face à nos sacs ! C’est limpide, non ?

Mettez-vous dans la peau du débutant que vous fûtes il y a longtemps, et rappelez-vous votre ressentiment quand vous avez entendu cette phrase, ou une autre du même acabit. Malheureusement, je crois que nous y sommes tous passé à un moment ou un autre.  C’est à ce moment-là que le terme « force à droite » aurait été bien plus simple. On entend « droite » avant le point, on regarde à droite. On repère le côté, et sait que notre équipe orientera le jeu de ce côté-là. Si on a besoin de lui donner un petit nom par la suite pour s’en rappeler, ou repérer un objet ou une personne sur la touche pour être sûr, libre à chacun. Mais au moins on aura compris, plutôt que de mettre 8 entraînements rien que pour comprendre les bases défensives.

Et le plus fou dans tout ça, c’est que ça peut même avoir des avantages pour les non-débutants ! On gagne en clarté au sein de son équipe, mais on gagne aussi en dissimulation vis-à-vis de l’adversaire. Imaginons que vous attaquez. Grand malheur : votre coéquipier trop sûr de ses lancers a ENCORE mis un hammer dans le mur. Une brebis égarée vous demande de rappeler la force pour mieux retrouver le troupeau. Même si un attaquant un minimum vif d’esprit comprendra vite ce que vous entendez quand vous dites alors « force à gauche », ça lui demandera un effort d’adaptation supplémentaire par rapport à « force table de marque », qui est pour le coup très simple à comprendre pour l’attaque qui est sur le point de se lancer. En entendant « table de marque », elle aura une meilleure compréhension des espaces avant même d’avoir à bouger le petit doigt. En entendant « droite », la confusion peut au moins durer quelques secondes de plus face à des adversaires à bout de souffle.

Autant vous dire que sur les plans de la logique et de la pédagogie, les italiens nous en rendu au centuple ce bon vieux coup de boule de Zizou.

Forza Italia.

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8 réflexions au sujet de « Force Sinistre »

  1. Il eût été possible de laisser les italiens là où ils sont dans l’opinion générale, et de prendre en exemple les allemands qui utilisent un système similaire à base de « LINKS! LINKS! » et autres « RECHTS! ».

  2. Alex a été plus rapide que moi (sans blague), j’allais t’adresser le même complément d’information. Même qu’ils disent « links auf » ou bien « rechts auf », ce qui ne veut même pas dire « force à gauche/droite » comme les rizoules, mais bien « droite / gauche ouvert ». Et ça rentre encore mieux dans ton concept.
    Par contre, ça a beau être de l’allemand, ça a jamais passé la frontière. Même ceux du Mordor suisse où ça parle moche l’ignorent, et en restent à l’anglois.

    Merci pour tes papiers mec, c’est un plaisir de te lire !

  3. J’suis pas convaincu par ton analyse cette fois. J’ai comme toi entendu les ritaux (au pluriel évidemment) crier ces mots. Mais j’ai vraiment l’impression qu’il s’agit d’information pour le marqueur sur la main avec laquelle il doit défendre avec le plus d’intensité.

    En gros, la sideline indique au marqueur où le cutteur arrive, et où le jeu dangereux peut avoir lieu. Si le marqueur entend « gauche », il fixe toute son attention sur sa main gauche, et sait que c’est de ce côté là du corps que le jeu va se passer.

    En tout cas, j’ai vraiment l’impression que c’est dans ce sens là que les choses se font. j’en ai même parlé une fois avec un joueur, qui m’avait confirmé cela.

    • T’as parlé avec un italien? Traite à la Nation!

      Plus sérieusement, je croirai volontiers que mon information est erronée… mais je pense quand même que le raisonnement derrière tient!

      • Salut les mecs (… ?). Pour avoir joué quelques mois a munich, le links/recht concerne bien la force tel qu’en france on définit home et away (et non pas pour les mains tel que Gael veut dire). Ceci dit, les informations droite et gauche pour les mains peuvent être utilisées (certaines personnes en france dont je fais partie par exmple…), afin de donner depuis la sideline une information précise sur le danger prioritaire a couvrir. Par exemple, en forcant vers la gauche du terrain (dans le sens de la défense, hein), sans dump ni swing possible on peut donner une info: « main gauche » répétée 2 ou 3 fois en 2 secondes pour bloquer un appel long de ligne. Ca, c’est le « strike », ok. Par contre meme force mais situation inversée: pas d’appel long de ligne (coté gauche du marqueur, donc), mais avec un joli swing a compléter, il est de bon ton de donner a son coéquipier l’information « main droite » pour qu’il coupe brièvement ce swing facile, sans pour autant se compromettre coté ouvert (puisqu’il n’y a pas d’appel…).
        Capito ?
        matp

  4. Si Ancelin a raison (il reste encore à prouver qu’il ait effectivement interagi avec un italien), c’est un argument de plus pour s’orienter davantage vers les teutons, qui eux utilisent bien droite/gauche pour annoncer leur force.

  5. Ooh, quel plaisir de voir et de lire tout cela. A Dijon, depuis la création du club, nous avons toujours pensé que comprendre comment orienter une attaque par une défense adaptée pouvait se faire autrement que par des consignes comme « force home », « force away » ou pire « force side » … Du coup, nous, nous disons « force droite » , « force gauche »,  » force milieu » ou « force à plat ». Quand nous annonçons « droite » par exemple, c’est que le défenseur devra se postionner de manière à avoir sa main droite dans le dos du porteur de disque (lorsque celui-ci est face à la zone qu’il attaque bien sûr).
    Simple ? Oui mais …
    Je pense en fait en tant qu’entraîneur que cela est bon pour l’annonce lors des matchs de dire droite ou gauche. C’est rapide et a le mérite de donner une consigne claire et précise sur le positionnement à adopter pour le défenseur sur le porteur de disque.
    Mais cela ne va pas aider de manière un peu magique tous les joueurs à comprendre rapidement une « force » …
    Je vous invite à lire les rares articles d’Alain Piron et notamment celui qu’il a fait dans un numéro de Sport et Vie où il parle de cela. Non pas de la force en ultimate mais de la communication entre l’enseignant et l’apprenant. Pour que les apprentissages soient plus efficaces, il faut que les consignes soient appliquées de façon la plus précises qu’il soit. Or, il y a autant de compréhensions et de niveaux de compréhension que d’apprenants. L’enseignant doit donc établir un code commun entre lui et l’apprenant qui sera fait de consignes, d’images, d’analogies, d’explications qui prendront du sens pour l’apprenant … Et ce même si cela n’est pas clair voire même semble faux pour un autre apprenant …
    Et c’est là que dans le monde de l’ultimate, je trouve quIl y a du boulot à faire. En effet, bon nombre de joueurs ‘expérimentés’ semblent refractaires à l’utilisation d’autres termes que ceux usités habituellement. Pour ma part, je ne pas pense qu’il soit mauvais de tenter d’expliquer et de faire appliquer une « force » en utilisant « away » ou « home » mais je pense que c’est mauvais de se réduire uniquement à cela, et ce surtout pour l’enseigner.
    L’erreur la plus fréquente est que si on se réduit à cela, les défenseurs débutants sur les non porteurs « forceront » aussi home ou away et donc ne serviront à rien si ce n’est à laisser complétement libre le côté ouvert.
    Alors, oui, c’est difficile de trouver autant de façons d’expliquer qu’il y a de joueurs dans votre équipe mais je pense qu’il faut passer par là pour construire une défense orientée efficace.
    Parler de « côté ouvert » ou « fermé » peux aider certains, alors que d’autres aimeront le « force table de marque » et d’autres encore aimeront qu’on leur disent « droite » ou « gauche » pour savoir de quel côté regarder ou s’orienter et enfin d’autres encore, comme à Dijon, préfereront savoir s’ils doivent mettre la main gauche « aux fesses » du porteur ou la droite …

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