Mon weekend en DR

Le weekend du 22 et 23 février, j’ai fait quelque chose que je n’avais pas fait depuis 8 ans : jouer au niveau régional. Après plusieurs années en N1 et N2, voici le récap de mon « retour aux sources », en DR1 Nord/Ile-de-France.

NB : cet article n’a pas vocation à juger la valeur des différents niveaux de compétition. Chacun joue à l’ultimate comme il l’entend, et c’est très bien comme ça. Je tenterai donc de simplement noter les différences entre les niveaux de compétition.

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Comme on pourrait l’imaginer, le niveau de jeu est plus faible en DR1 que dans les divisions supérieures. Pas besoin de faire Polytechnique pour le deviner. Mais comment cette différence se décline-t-elle ?

Ce qui est drôle, c’est que le niveau de compétence n’est pas forcément plus bas : le plus véloce en DR court aussi vite que son homologue de D1, et il en va de même des techniciens. Mais ce qui est plus rare, c’est de voir des joueurs polyvalents, menaçants athlétiquement et techniquement. Ça se traduit par des équipes hétérogènes : une poignée de coureurs et une poignée de lanceurs qu’on met ensemble pour voir si ça marche. Au final, ça donne des équipes très instables dans la performance (que ce soit entre les phases, au long du weekend, ou pendant un match).

C’est le revers de la pièce du système binaire handler/middle, où on imagine d’entrée que les coureurs ne savent pas lancer et inversement. Je pense qu’une polyvalence dans l’apprentissage apporterait beaucoup à ces équipes, mais c’est un sujet pour un autre jour. Néanmoins, j’ai trouvé le niveau de compétence encourageant, car ça donne aux participants une fenêtre sur « l’élite ». En DR1, on peut voir des choses très bien faites. Il faudra juste regarder plusieurs joueurs pour voir la palette entière des compétences requises à plus haut niveau.

L’architecture et le profil des équipes est assez drôle tellement il était prévisible. Au sein des clubs plus anciens, on envoie en DR une équipe composée de joueurs d’expérience entourés de nouveau talent, assez varié en âge et en sexe. On retrouve une équipe avec un impact athlétique médian, mais une intelligence de jeu plus élevée que la moyenne.

La maquette des clubs dont la création est plus récente repose sur un impact athlétique plus prononcé. Leurs effectifs entièrement masculins y étaient pour quelque chose, mais même si on en fait abstraction, ils avaient en moyenne plus de vivacité et de verticalité que leurs adversaires masculins.

Sans trop de surprise, l’équipe qui a survolé la division était celle qui a réussi à mélanger ces deux facettes de façon suffisante, l’équipe dont la polyvalence se rapprochait plus de celle du haut niveau. En revanche, les poursuivants directs respectent plutôt le premier moule, signe que l’intelligence de jeu prime sur la force physique à ce niveau.

Ou c’est peut-être autre chose qui sépare ce trio de tête des autres équipes : la pratique de la défense de zone ! On en voit beaucoup à ce niveau, et c’est un pari gagnant pour les équipes qui l’emploient. Malheureusement, ces défenses sont quasi-inefficaces ne serait-ce qu’un niveau au-dessus. Si les équipes qui montent en N3 souhaitent pérenniser leur montée, je pense qu’il serait plus sage d’oublier ce genre de défense dès maintenant. La responsabilité de l’éradication de cette défense en DR1 reviendra aux équipes de cette division, qui devront la rendre obsolète en la battant de façon répétée. Je vous assure que la théorie derrière n’est pas si complexe que ça, et je vous promets que je me pencherai dessus lors d’un prochain article.

Au niveau du spirit, la DR1 est bien plus attachée aux manifestations extérieures d’EDJ : on tape un peu plus dans les mains de son adversaire entre ou pendant les points, les félicitations sont plus fréquentes. On vit le spirit de façon active, alors que les divisions supérieures se rapprochent peu à peu d’une vision « post-spirit », où la certitude que son adversaire ne triche pas suffit pour donner à l’ultimate son charme particulier. De plus, la plupart des joueurs sont de bonne foi et remettent volontiers leurs calls en question face à l’avis d’un de leurs coéquipiers, qui ne se fait d’ailleurs pas prier pour intervenir. Les exceptions sont extrêmement rares mais elles existent, et suivent le modèle du « joueur relou » (qui existe à tous les niveaux, d’ailleurs) : des joueurs un peu trop surs d’eux pour leur propre bien, surtout au vu de leur connaissance un peu approximative du règlement.

Parlant de règlement : à ce niveau, je le soupçonne d’être transmis à l’oral, et non pas étudié à l’écrit. C’est regrettable, mais pas vraiment surprenant : lire le règlement est une véritable épreuve, et il faut beaucoup de détermination pour en venir à bout. A vrai dire, je ne suis moi-même pas sûr de l’avoir lu dans son intégralité avant de jouer en régionale il y a 8 ans. Ça pourrait apporter quelque chose en plus à la division, mais comme je l’ai dit auparavant, rares sont les joueurs qui imposent de façon ferme leur connaissance douteuse, donc l’impact négatif est négligeable.

En tout cas, s’il y a bien une règle qui est respectée à la lettre, c’est celle du non-contact ! Alors que les « frottements » (plus ou moins rudes selon la connivence avec le vis-à-vis) sont tolérés de façon croissante au plus haut niveau français, la DR est la capitale de l’espace vital, et toute infraction est sévèrement réprimandée !

Le contact verbal lui aussi ne fait pas trop partie des mœurs. J’ai bien tenté d’argumenter sur quelques calls, de remettre quelques appels en question ou bien de demander des justifications basées sur le règlement… mais je me suis assez vite rendu compte que la pratique était trop en rupture avec les conventions de la DR, où les meilleures discussions sont les plus courtes.

Somme toute, ce petit tour en DR fut une expérience très rafraîchissante. J’ai effectué un beau retour en arrière, mais je reste dubitatif. A vrai dire, j’ai du mal à savoir si le niveau a tant évolué que ça dans la quatrième division française.

Cela dit, mon analyse de la situation en 2006, du haut de mes quelques mois d’ultimate, ne devait pas être très pointue. Et 8 ans, mine de rien, ça a tendance à embuer les souvenirs. Mais je garde quand même mes doutes l’évolution du niveau, tout en espérant que je trompe. En tout cas, tout le monde avait l’air de s’amuser ce weekend, et finalement, c’est peut-être ça qui compte le plus.

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6 réflexions au sujet de « Mon weekend en DR »

  1. Il ne faut pas oublier qu’il y a 8 ans, il y avait seulement 12 équipes en N3 (contre 24 aujourd’hui). Ce que tu appelais la DR à l’époque correspond donc au bas de N3 aujourd’hui !

    Sinon analyse assez juste pour avoir moi aussi fait le grand écart (3 fois champion de France indoor de suite et hop en DR2 !). Je pense que la notion de taille joue aussi beaucoup à ces niveaux. Un bon lanceur + un grand pas trop maladroit dans la zone et 80% du boulot est fait.

    Cela s’explique notamment par le fait qu’à ce niveau, il y a une basse de la préciosité du disque. On sait qu’il va y avoir au moins 15 à 20 turnover dans le match par équipe. Donc la perte de qq disques n’est pas dérangeante. C’est d’ailleurs à ce niveau que l’on voit les plus beaux renversements de situation (tu en parlais sur la constance à produire un jeu de qualité). Alors qu’en N1, si tu tombes sur une bonne équipes dans un bon jour, tu peux compter plutôt sur 5 à 7 turnover (et en faisant une très grosse défense).

  2. Niveau Régional le sud à énormément progressé, on voit aujourd’hui des équipes de Haut de tableau de DR2 aussi compétitives que celles qui jouaient le podium en 2007 et 2008… Plus surprenant également certaines équipes de DR2 bas de tableau ont un vrai système et fond de jeu !

  3. Il faut savoir raison garder. Le niveau de la DR dans le sud n’est certainement pas meilleur qu’avant. Il partait de bien bas, là est la nuance. L’analyse de Padyflex est judicieuse. Il est clair que les joueurs de DR ne chérissent pas le disque et ne placent pas le maintien de la possession comme une priorité. On y croise aussi quelques joueurs qui manient bien le disque et qui sont assez physiques mais qui ont une mauvaise règle des priorités dans leurs choix de jeu. A la question : « A quoi penses-tu et que fais-tu quand tu as le disque et que le compte est inférieur à 3 ? » Un joueur de N1 et un joueur de DR n’aura probablement pas la même réponse. By the way, toujours un plaisir de te lire mon cher Flex. Ta prose reste conviviale et éclairée.

  4. Article intéressant.
    Je n’ai pas le vécu de beaucoup d’entre vous mais je ne me peux m’empêcher de faire remarquer que le nombre de clubs et de divisions a augmenté et d’habitude ces particularités sont synonymes de dégradation du niveau car on réparti la qualité sur un plus grand nombre.

    Ici ce n’est pas le cas. Sans doute parce que ces équipes de DR ont été souvent créés par des joueurs expérimentés qui ont pris l’essort de leur club par le bon bout.

    Il n’en reste pas moins que ce qui freine ces équipes est l’hétérogénéité de l’équipe comme tu as pu l’observer : Il est extrêmement compliqué en DR de conjuguer la performance et le plaisir tant les attentes de tous les joueurs ne sont pas les mêmes.
    Je considère, vu de mon clocher, qu’il est bcp plus difficile de gérer un groupe qui va frayer en DR qu’en N1 : Le projet sportif d’une équipe de N1 est claire, les attentes du coach et de son groupe sont identiques. Chaque joueur connait ses objectifs, et est autonome pour les atteindre. L’émulation qui en découle tire tout le groupe vers le haut.

    En DR ton groupe est composé de gens tellement hétérogènes que dégager un projet sportif commun est déjà le plus gros challenge 😉 La progression du groupe se fait en dent de scie, alternant les performances encourageantes avec les déceptions cuisantes.
    L’énergie dépensée par le coach (qd il y en a un) en DR est juste énorme et bien souvent très sous-estimé par les joueurs HL qui le considèrent même parfois comme un joueur manquant d’ambition.

    L’ambiance, le spirit sont donc primordiaux en DR car c’est finalement la seule composante derrière laquelle tous les joueurs se retrouvent pour alimenter une certaine émulation.

    Enfin, c’est ma vision des choses en tout cas.

  5. Ahaha, la DR/DR2 c’est le merdier! Pour y être en plein dedans, et connaître que ça!
    De mon point de vue, je rejoins Guigui. Je suis passé « initiateur/entraîneur » un peu par défaut la saison dernière et entame donc ma deuxième. Je suis dans un petit club, avec surtout pour objectif de maintenir un effectif, de quoi être capable de se présenter aux compéts indoor/outdoor. Proposer de la progression et se faire plaisir. L’âge moyen étant 25/28 ans, beaucoup de turnover. On perd plus de la moitié de l’effectif tous les trois ans parce que les gens bougent pour raison professionnel ou autre. On a frôlé les montées pendant une période dorée puis tous les potes sont partis….Et il est arrivé aussi que certains soient allés faire autre chose parce que pas de progression possible…Donc on se démerde comme on peut et on va chercher des infos un peu partout! Comme auprès de la meute par exemple!

    PS: j’ai fait la formation FFDF, ça m’a surtout aidé à me mettre en route, à sortir les évidences et confirmer certaines idées! Puis à se frotter aux mordus du disque.

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