Les observers : pourquoi pas ?

C’est une contradiction qui m’a toujours interpellée dans le milieu du frisbee : comment est-ce qu’une population qui se veut aussi progressiste que la nôtre peut faire preuve de tant de résistance au changement ?

A certains niveaux de compétition, ou dans certaines contrées au nord de la France, la question de l’arbitrage à l’ultimate, si elle est abordée de la mauvaise manière, peut mener au démontage d’un McDo par une horde de joueurs arborant des chaussettes de longueur et de couleur parfois douteuses.

Pour être clair : je suis contre les arbitres externes quand il s’agit l’ultimate.

Mais j’ai joué avec des observers à deux occasions, et j’ai clairement aimé ça.

Le problème qui mène souvent à ce sujet de discussion : « j’adore le fait que tout le monde soit arbitre, sauf quand je joue contre la Fotta ».

Plus sérieusement, le problème de l’auto-arbitrage se pose quand une équipe a procuré un grand effort, que cet effort est détruit par les agissements apparemment injustes d’une ou plusieurs personnes, et que cette injustice empêche l’équipe lésée de dormir la nuit.

Autant vous dire que c’est plutôt rare. Mais ça existe. Il existe des endroits où 25 personnes sont présentes 4 fois par semaine (voire plus pour certains) pour s’entraîner ensemble. Et il est arrivé par le passé que de telles équipes aient vu un match, un tournoi ou une saison s’achever dans des conditions qui leur paraissent injustes. Du temps et de l’effort investi, et qu’on leur a pris de façon déloyale.

Certains diront que c’est le prix à payer pour un système comme le nôtre. Que rien n’est gratuit dans ce bas monde, ma p’tite dame. Que si on veut vraiment être libre du totalitarisme de l’arbitrage centralisé, il faut savoir faire des sacrifices.

D’autres essaieront de trouver un compromis. C’est comme ça qu’est né le statut « entre deux » d’observer.

Quelques petites clarifications sur le rôle d’observer :

  • Il s’habille en orange ou vert fluo. Pas de bol.
  • Il appelle certaines choses sans qu’on lui demande : de quel côté d’une ligne a atterri un joueur, le temps restant à une équipe avant qu’elle doive lancer le pull (oui, c’est celle-là la bonne orthographe correspondant au mot qu’on utilise pour signifier l’engagement), les hors-jeu s’il y en a, et des pénalités accordées à un joueur ou une équipe en cas de faute répétée
  • Il peut statuer sur d’autres choses à condition qu’il ait un avis sur la question (un observer peut retourner le disque à l’envoyeur s’il est incapable de prendre une décision), et que les deux partis soient d’accord pour le lui demander
  • Il officie uniquement aux plus hauts niveaux de compétition, et ne viendra pas vous embêter lors des rendez-vous hebdomadaires de votre ligue locale

Autre point important qu’on ne voit pas de notre côté de la flaque : son rôle est constamment remis en question, pas seulement par les joueurs, mais par la fédération qui les emploie. En effet, les pas pris par l’USAU en termes d’observers sont extrêmement mesurés, car ils savent qu’ils sont sur un terrain considéré « glissant ». J’ai constaté lors de certains tournois dits «expérimentaux» (tôt dans la saison universitaire américaine) des élargissements des compétences des observers : appels «actifs» de travels, double-team et autres infractions. On teste, on voit si ça plait aux joueurs et aux spectateurs, et on prend une décision par la suite.

Ce qui me parait le plus important là-dedans, c’est l’ouverture d’esprit de l’USAU : ils sont prêts à expérimenter avec ce statut d’observer, quitte à faire quelques pas en arrière s’ils constatent qu’ils sont allés trop loin.

Et c’est pour moi ce qui manque le plus dans le reste du monde (ou en Europe en tout cas) : on a peur de toucher du bout du doigt un tel statut, sous peine de se faire dévorer par cet être maléfique vêtu d’orange. Je me rappelle d’une initiative brittanique il y a quelques années de ça, où un tournoi avait été organisé pour quelques clubs de l’élite… avec des arbitres ! Evidemment, c’était la débandade totale sur les terrains et l’évènement ne s’est pas reproduit, mais ça montrait une volonté d’expérimentation, une curiosité que je trouve très saine.

Au-delà de cette curiosité, je pense que l’USAU a trouvé un bon compromis, qui permet à tout le monde d’y trouver son compte :

  • les équipes n’appartenant pas à l’élite peuvent garder l’auto-arbitrage total (qui, disons-le, leur est souvent plus cher)
  • une équipe qui ne voudrait pas subir l’influence des observers pourrait s’en affranchir dans sa quasi-totalité en décidant de ne pas faire appel à eux
  • ceux qui veulent une intrusion mesurée d’un avis extérieur peuvent l’avoir

Au-delà de tout ça, je trouve qu’on se concentre beaucoup sur le pouvoir de décision de l’observer dans les situations litigieuses, alors que son réel apport n’est pas là.

Lors de mon premier match observé, j’ai constaté que leur réel pouvoir était de donner du rythme à un match. Là encore, pas par la résolution rapide des calls, mais par quelque chose de plus anodin : le temps entre les points. Vous savez, ces coups de sifflet entre les points que vous avez pu entendre à Bordeaux lors des XEUCF et qu’à peu près tous les joueurs ignorent, s’ils ne sont pas oubliés par la table de marque elle-même ? Lors d’un match « observé », c’est le bonhomme en orange posté sur ta ligne qui te dit qu’il te reste 10 secondes pour lever la main, sinon il te grille un temps mort.

Etrangement, les attaques s’organisent plus vite, les défenseurs choisissent bien plus rapidement leur vis-à-vis, et une des pires facettes de l’ultimate en termes de visionnage et de jeu est supprimée. J’imagine que c’était bien plus agréable à regarder pour le coup. Mais c’était surtout un des matches les plus excitants que j’aie jamais joué : le rythme était constant et soutenu ! Fini les montagnes russes à ralentissement qu’on subit partout ailleurs ! De l’ultimate en quasi-non-stop — le rêve !

Alors s’il vous plaît, arrêtons de diaboliser un système qui est bien mieux réfléchi qu’on ne le croit. Soyez un peu ouverts d’esprit, cherchez l’information, et forgez-vous un avis ensuite, plutôt que d’écouter aveuglement les prêcheurs du sacro-saint Spirit à interprétation unique.

Ou alors, soyons fous : trouvez moyen d’essayer.

Je suis sûr que ça vous plairait ! 😉

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En faisant mes recherches pour ce billet, je suis tombé sur une série d’articles sur les observers publiée par Ultiworld (en VO non-sous-titrée, bien sûr).

Le où, pourquoi, qui, quand et comment de ce système hybride… Certes, c’est écrit par des observers, mais ça reste de la très bonne lecture pour les curieux !

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2 réflexions au sujet de « Les observers : pourquoi pas ? »

  1. Personnellement je n’ai encore pas eu l’occasion de joué avec des observers, et je serais tenté par l’expérience. Je trouve que tu as bien résumé leurs rôle et surtout de rester ouvert sur leurs rôle.

    Le seul point que je trouve discutable concerne le sentiment d’injustice. Je pense qu’il existera toujours car les observeus tout comme les arbitres ne sont pas infaillibles ou toujours objectif et c’est humain. On compte bon nombre d’équipe qui sort d’un match déçus car une erreur d’arbitrage leur coute la victoire.
    Pour moi le sentiment d’injustice fera toujours parti du jeu car du moment qu’il y a un « arbitrage » que la décision soit prise par les deux équipes, les observers ou un arbitre, il y a un risque d’erreur ou d’incompréhension qui peut entrainer un sentiment d’injustice.

  2. Tu es sûr de toi sur l’orthographe de « pull » ? Aucun rapport avec l’animal finalement, ça fait des années que je me trompe…

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