Le dump latéral dans l’ouvert – La Menace Fantôme

Peu de choses à l’ultimate me font grincer des dents comme la situation suivante :

Un handler, Madame A, disque en main, bien au centre du terrain. Son collègue, Monsieur B en soutien, à son niveau, côté ouvert. Le compte monte, l’heure est à la remise à zéro.

Étrangement, Monsieur B est seul, son défenseur ayant décidé qu’il avait mieux à faire en semant la discorde dans le couloir de passe côté ouvert.

Il n’en faut pas plus à Monsieur B pour lever les mains et signaler à Madame A qu’il est seul, offrant une solution toute faite pour un soutien effectué dans les règles de l’art. Madame A met une passe entre les hanches de Monsieur B. Mission accomplie.

Situation 1

Dans les secondes suivantes, le défenseur de Monsieur B revient fort à la marque, lui laisse un minuscule couloir côté ouvert, se décale ensuite pour bloquer son dump, et à 8, se re-décale pour bloquer l’inside que Monsieur B affectionne tant, dernier recours avant l’ave Maria en fond de zone.

Comment une telle tragédie aurait-elle pu être évitée ?

La réponse est plutôt simple, mais repose sur quelques fondamentaux quelque peu abstraits.

Premièrement : le rôle du handler. On peut lui prêter beaucoup de responsabilités : « animer le jeu », « gérer le tempo », « trouver la faille ». Je parie que vous avez déjà entendu ces termes-là. Et je parie aussi que c’est un(e) joueur(se) de plus de 30 ans qui vous les a suggérés. C’est poétique après tout, mais ça ne veut pas dire grand-chose !

Le vrai rôle du handler est d’assurer le mouvement du disque dans la largeur du terrain. Ce mouvement ouvre des couloirs dont profiteront les receveurs pour gagner du terrain dans la longueur (ou la profondeur, si vous préférez).

Si on revient au cas de ce bon vieux Monsieur B, on pourra à la rigueur dire qu’il a fait son travail : le disque a navigué une quinzaine de mètres vers la droite, obligeant la défense à prendre de nouvelles informations sur la conjoncture offensive. Il s’est d’ailleurs procuré un couloir de passe dont pourront profiter ses coéquipiers.

Cependant, l’erreur de Monsieur B est révélée quand on considère la qualité du couloir qu’il procure à ses receveurs.

Situation 2

Ce couloir est extrêmement difficile à exploiter pour un attaquant, car il est tout aussi prévisible pour son vis-à-vis. La passe longue rectiligne est l’une des plus difficiles de ce sport, et requiert une technique dont peu peuvent se vanter. Même si elle est placée parfaitement, la fenêtre de réception se calcule en centimètres. Le receveur a intérêt à être aussi doué que le lanceur. L’attaquant ne dispose d’ailleurs d’aucune marge de manœuvre latérale. Sa seule solution : en puissance, vers le disque. Vite neutralisée par un défenseur malin.

Tout ça, c’est sans compter sur un travail de marque grandement allégé pour le vis-à-vis de Monsieur B, qui pourra s’adonner à tous genres de paris pour gêner le plus de passes possibles, les risques attenants étant bien moindres que s’il était au centre du terrain.

On pourra également dire qu’à travers sa position initiale, Monsieur B permet à son vis-à-vis de gêner le couloir de passe côté ouvert, manquant à une de ses responsabilités premières…

Bref, arrêtons de casser du sucre sur le dos de ce pauvre Monsieur B, et tentons de trouver une solution à ses manquements.

En voici une (et si vous en avez d’autres, je suis toute ouïe) : pour commencer, Monsieur B pourra se placer côté ouvert, à environs 5 mètres du lanceur, en diagonale et en retrait.

Cela lui offre une palette de possibilités riche. Premièrement, si son défenseur décide d’occuper le couloir de passe, il peut passer derrière Madame A, se procurant un boulevard devant lui, et côté fermé, en plus !

Situation 3 correct

Si son défenseur décide de le serrer un peu, il pourra conserver la même course, parfois laissée libre malgré une couverture plus sérieuse, ou opter pour une option droit devant. Cette dernière ouvre le terrain entier pendant une seconde, le temps que le défenseur retrouve sa marque, et donne un peu d’élan à une éventuelle passe longue. Si l’attaquant et le défenseur ont une explosivité égale, le défenseur ne pourra pas bloquer les deux options et sera obligé d’en concéder une, quitte à ce que Monsieur B fasse un contre-appel.

Si on fait les comptes, Monsieur B aura ouvert de magnifiques couloirs, du caviar pour ses receveurs. Il aura en revanche que très peu bougé le disque dans la latéralité du terrain, ce qui peut se révéler être une bonne chose : dans cette guerre d’usure qu’est la défense, il vaut mieux en tant qu’attaquant rester le plus proche du centre du terrain. C’est là qu’on aura les couloirs les plus clairement définis, et que la situation du marqueur sera la plus inconfortable.

Pour résumer, à tous ceux qui apprennent la position de handler : si t’es dans l’ouvert, passe derrière !

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3 réflexions au sujet de « Le dump latéral dans l’ouvert – La Menace Fantôme »

  1. Dans ses vidéos, Ben Wiggins suggère à Monsieur B de monter à 45 degrés dans le côté bris. Si A peut faire cette passe, la défensive est dans l’eau chaude.

    Lugsdin quant à lui suggère à Monsieur B de rester près de la ligne mais monter 5 à 7 mètres plus haut de sorte que le défenseur de Monsieur B ne puisse voir à la fois le disque et Monsieur B. Cela met le défenseur dans une position désagréable et l’oblige à faire un choix. Cela permet aussi à Madame A de faire des feintes vers monsieur B pour ouvrir le côté ouvert ou encore lancer à Monsieur B qui aura 2 secondes pour faire une longue passe sans aucune marque.

  2. Qu’en est-il lorsque Madame A est collée à la ligne de gauche avec la même force ?

    Je pense que le dump aura encore plus intérêt à se mettre à 45° derrière parce que son défenseur, poachant, couvrira encore plus de terrain que dans la situation précédente. Mais dans ce cas, quel appel privilégier ?

    1. Derrière Madame A, ce qui signifie garder le disque contre la ligne en ayant en plus reculé ?
    2. Tout droit vers l’avant, donc vers son propre défenseur et en plus vers le stack ?
    3. Le long de la ligne devant Madame A ce qui l’oblige à breaker ?

    Merci de votre réponse.

  3. Excellente question, Francis! Tu es sur la bonne voie avec certaines de tes propositions. Voici ce que je préconise.

    Ta 1ère solution peut être la bonne, surtout face à une défense très laxe. Même si tu perds un peu de terrain, tu gardes un terrain ouvert, et tu pourras même apercevoir un couloir dans le fermé si ton défenseur prend son temps pour recoller. Tout ça à condition que Madame A ait libéré l’espace directement après sa passe.

    Ta troisième option peut avoir du bon aussi, et si tu passes entre Madame A et ton défenseur assez tôt dans ta course, la passe ne sera pas trop difficile à exécuter. En revanche, comme toutes les passes extrêmement courtes (5m et moins), elle sera bien plus facile à exécuter en revers. Avec une force comme dans le schéma, je tenterais cet appel uniquement si Madame A est gauchère.

    Une dernière option consisterait à demander le disque au centre du terrain. On perd un peu de terrain (et encore), mais ça reste un excellent endroit pour gérer l’avancée d’une attaque, donnant deux beaux couloirs d’appel aux receveurs. De plus, si Madame A effectue un passe-et-va vers l’ouvert suite à sa passe, elle pourra gagner du terrain, et une position de puissance. Et si ton défenseur a le malheur d’ajuster sa force pour empêcher cette option (le fameux « strike »), tu n’es qu’à un pied pivot de l’El Dorado : un boulevard côté fermé…

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