Pas de call? Pas de spirit!

Je cite souvent un ex-coéquipier à moi qui a toujours raisonné comme suit :

« Dès que j’ai un doute sur quelque chose qui s’est passé sur le terrain, j’appelle. Si c’est justifié, j’ai gagné un avantage mérité. Si j’ai tort, je retire, et j’ai l’air d’avoir un bon spirit »

Oui, je sais, c’est très classe. Mais si on va au-delà de l’apparente connardise (connardance ? connardité ?) d’un tel commentaire, on voit transparaître une culture du call qui est encore timide en France : la call comme moyen de dialogue.

En l’état, les calls que j’ai constaté en France se déroulent souvent de la manière suivante :

1)      Call

2)      Décision du vis-à-vis

3)      Conclusion

Je pense que cela a lieu parce qu’on a tendance à appeler sur des certitudes. Je connais le règlement, j’ai tous les paramètres en main, toi aussi,  voici ce que j’appelle, aucun débat à avoir, est-ce que tu es d’accord, oui ou non ?

Ça peut avoir ses avantages : résolution plus rapide, matchs plus fluides, plus agréable à regarder. Mais au niveau social, c’est une catastrophe, et ça enlève un de mes composants préférés du jeu.

Tout d’abord, je trouve que cette culture du call par certitude est un incroyable vecteur d’animosité. On a tous vécu la situation où on nous appelle quelque chose de mystérieux, et qu’on considère cet appel comme un jugement inbranlable. On exprime notre désapprobation, on hurle au scandale et à la plus profonde des injustices. Puis à la fin on conteste, avec un petit sourire parce qu’il faut avoir l’air cool et sympa, mais avec une subtile envie de casser des dents qui pointe le bout de son nez.

Alors qu’il suffirait en fait de poser les bonnes questions, ou plutôt demander à la personne d’expliquer son appel. Si elle n’en est pas capable, elle va se sentir un peu con et retirer. Si elle en est capable, tant mieux : elle pourra expliquer en quoi elle s’est sentie lésée, et les joueurs pourront discuter.

Ils pourront soudain partager les paramètres et les faits de jeu pertinents (car malgré toute notre bonne volonté, il est rare de pouvoir tous les collecter seul), les comparer aux points de règlement concernés, les soumettre au prisme du jugement de chacun, et tirer une conclusion. Bref, avoir une discussion d’adultes, en fait. Quand on appelle par certitude, on fait la quasi-totalité ce travail tout seul. Quand on appelle dans le doute, on propose de le faire à deux.

Ce sont ces échanges qui donnent pour moi toute l’ampleur à la valeur d’auto-arbitrage dans notre beau sport : quand on arrête de vouloir arbitrer seul une action concernant plusieurs personnes, et qu’on se tourne vers l’intégralité des personnes concernées pour en arriver à une conclusion acceptable par tous. Ça créé du lien entre adversaires plutôt que de l’animosité, et d’un point de vue personnel,  c’est la plus facile des manières de gagner mon respect sur un terrain.

Alors oui, pour négocier habilement dans ces moments-là, il faut bien connaître le règlement, ainsi que la langue de la compétition. Mais je pense que ce qu’on reproche souvent aux français à l’international n’est pas d’être mauvais en anglais, mais plutôt d’être agressifs dans la réaction aux calls (un héritier direct du call par certitude quand on joue dans un milieu à haute tension) et absents dans le dialogue.

La prochaine fois qu’on vous appelle quelque chose, ne dites pas immédiatement « oui », « non ! » ou « contest ! ». Demandez plutôt « pourquoi? » : vous serez sans doute agréablement surpris par la réponse.

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